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SUNNUDAGR – Le Silence

SUNNUDAGR – Le Silence

Robin

14 septembre 2020

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SUNNUDAGR

(Toulouse)

Le Silence

Label : Indépendant

2020

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Le Silence

Devons-nous attendre quelque chose de la musique ? Que nous donne-t-elle véritablement ?

OK j’arrête les grandes interrogations… Je vais vous raconter une histoire.

C’est l’histoire d’un deuil.

L’histoire d’une mort.

De la mort sur la vie… Quand elle lui donne un merveilleux ciel d’ombres et d’absence.

C’est l’histoire de la mort au pays des vivants.

Voici le dessein noble et désenchanté que nous content les membres de Sunnudagr.

Le Black Metal c’est une musique personnelle. Et moi qui adore ce genre j’ai beaucoup de critiques à l’encontre de ceux composant sa scène. Seulement il y a une chose que je n’enlèverai pas au genre en lui-même : il peut se révéler tellement fort émotionnellement que la concurrence peut rapidement se faire éclipser d’un coup de trémolo solennel et puissamment interprété.

Sunnudagr est de Toulouse, ça compte ? Fichtre j’en sais rien, mais au moins vous le saurez !

Le groupe vient d’un drame… D’une communion plus ou moins consciente et délibérée autour de ce drame.

Ce drame, c’est le Silence.

Il est évident alors que le Black Metal était l’écrin parfait pour recueillir le chagrin… Un chagrin très concret et qui en devient une philosophie.

Je ne peux pas aborder cet album avec mes critères de chroniqueur péteux bobo et déchiré à la fatigue et aux noires énergies engraissant mes neurones. Non… Je dois l’aborder avec sérénité celui-ci… Je n’ai pas à mettre mon tourment en cette œuvre qui nous présente celui d’un autre, pourtant si semblable, pourtant frère.

J’ai décidé, grand bien nous fasse, de parler simplement d’une œuvre simple.

Le Silence est un album simple oui, attention ! Quiconque voit en cet adjectif un aspect négatif se fourre le doigt dans l’œil, comme bon nombre de fans de… OK je ne vais pas clasher ici !

Simple, signifie aussi qu’il y a une certaine facilité avec laquelle on rentre dans cette musique. Les riffs sont bons puisqu’ils m’ont empoigné et embarqué avec eux dans quelques trous de lapins débouchant sur une épaisseur de son bienvenue. Oui, il est vrai la musique de Sunnudagr n’exerce pas un pouvoir de fascination insurmontable. Quiconque a écouté du Black Metal ne se sentira pas perdu : un trou de lapin dans lequel nous plongeons avec intérêt, débouchant sur quelques surprises bienvenues !

Car oui, quand Sunnudagr a fini de blaster et de nous sortir des riffs de blacks pur jus, il s’ouvre sur quelques endroits qui ont attiré mon attention plus que de surcroît.

Je me laissais donc bercer par le blast et ces riffs tranchants et mélodiques et puis survinrent les moments de ruptures avec des choses tellement bien senties : cette complémentarité basse guitare qui vient au dernier tiers de Venin noir et sur Ta Lumière, une signature et un aveu d’originalité sur …et Les Larmes. J’ai réellement apprécié ces moments qui rappelaient que derrière le malheur, une intelligence de composition se dissimulait et œuvrait, pour ne pas rendre linéaires les compositions, en leur apportant une richesse mélodique illustrant le propos ; la mélodie de l’ombre dissimulée derrière le rideau de deuil. Bref, pardon, je m’égare !

Mais justement, je souhaite être égaré et qu’une musique me fasse partir dans mes interrogations après un ressenti de bien-être, et ce face à des sons m’apportant de voluptueuses caresses. J’aime quand la musique me fait perdre le sens de la formule classique pour m’obliger à déployer des trésors de lourderies afin de saisir cette sensation ! C’est ce que j’attends en tombant dans le trou du lapin ! Me perdre. À quoi cela sert-il sinon ? Et alors que j’aborde cette musique avec calme, distinction, et raison, elle m’embarque !

Vous allez trouver que je pars loin pour juste une basse qui se décroche de la guitare, et puis non ce n’est pas la première fois que j’entends ça, même pas dans le black metal, genre qui a su intégrer moult expérimentations sonores. Mais ça m’a fait tellement plaisir ! Je voyais où voulait partir le groupe, je l’ai suivi parce qu’il n’y avait véritablement aucune maladresse notable et puis ces passages à la basse ne m’ont pas fait dire « Ok, tiens ton diplôme de dépressif, allez ouste ! » Non ! Ça m’a fait dire « Oui ! Vous tenez un truc, une signature et un prolongement ! Une profondeur, une richesse, un relief, bref un paysage, un lieu nouveau ! Sous terre dans le secret d’une norme certes intègre et entière, mais une norme, vous vous détachez de cela sur ces moments. » Alors oui, ça m’a plu !

Il y a d’autres moments qui m’ont fait dire « Oui, oui ! Vas-y, pleure encore ! Tes larmes sont si délicieuses ! ».

La valse à 3 temps au début du titre Les Braises… Puis cette lumière à 2’15 pour nous faire replonger dans la noirceur, cette alternance d’émotions ! La fureur, le désespoir, l’acceptation, tout cela s’enchaînant.

Le break hyper prenant de l’intro Mon nom est malin : tellement inspiré et à la furie toute contenue qu’il en devient, pour moi, quasiment le meilleur moment de l’album. En vrai, un break comme celui-ci te fait comprendre pourquoi, plus jeune, tu as choisi d’écouter du Metal : la puissance, la menace, le truc qui te dépasse et t’envoie loin… Encore un sur …et les larmes qui défonce tout également. Décidément, ma compo préférée ! C’est une certitude maintenant.

Les arpèges sur Une Charogne s’associant au blast et à la seconde guitare au jeu Black pur ! Là aussi on y est, on touche une originalité certaine et une audace qui est bienvenue. Bienvenue parce qu’elle n’est pas gratuite, le but étant d’intensifier l’émotion ! Et ça marche ! Non seulement cela casse la linéarité que l’on peut craindre, mais en plus, cela rend les compos plus puissantes. Et c’est vraiment dans ces moments-là que le groupe arrive à nous faire vibrer !!

L’homogénéité certaine de l’album renforce la cohérence, mais heureusement ne rend pas les compos de Sunnudagr interchangeables. Les meilleures compositions ont plus d’un moment de grâce, et les plus dispensables jouissent d’assez d’intégrité artistique pour vous faire aimer les riffs signés du genre.

Quoi qu’il en soit, Sunnudagr porte en son Silence une inspiration, des moments forts et personnels. Cela promet un cri déchirant, un aboutissement d’un humble groupe vers une confirmation… Car enfin il faut vivre, il faut jouer, il faut travailler, et ce cri doit sortir ! Oui, il le faut, il faut maintenant que Sunnudagr fasse de son silence la matrice d’un sanglot bruitiste et plus profond encore…

Il le faut… Il le faut… Il le faut, il le faut, il le faut, il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,il le faut, il le faut,…


Robin

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