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Interview – ARS MORIENDI

Interview – ARS MORIENDI

Robin

8 novembre 2021

Pas de commentaire

La scène Black Metal française a bien d’autres choses à proposer que des kalachs !

Entretien avec un de ces acteurs, adorateurs, et fervent disciple de cet art sombre : Arsonist Tholiam, celui qui tire les ficelles du projet ARS MORIENDI.

En fait… Tout est dans le titre, ou presque…


Merci à toi d’accepter l’interview. Il semble que cela arrive à point nommé car tu as ou va sortir un album en cette année 2021, cela sera ton 6ème album.
Avant d’évoquer ce dernier album je te propose de revenir aux sources, aux origines…

Quand et comment as-tu découvert ton goût pour la musique ? Le Metal ? Le black metal ?

J’ai découvert le Metal à l’adolescence au milieu des années 90. Attiré par quelques visuels (Killers d’Iron Maiden et Sacrifice de Motorhead) lors d’une visite à la médiathèque de mon quartier j’ai tenté le coup et ce fût le début d’une aventure encore en cours aujourd’hui.  Après avoir exploré les scènes heavy, trash et power à travers les grands noms du genre j’ai commencé à aborder des choses plus sombres et violentes notamment à l’aide des sampler de magazine. Mon premier titre black metal se devait être le Morning Palace de Dimmu, puis j’ai découvert Cradle of Filth au moment de la sortie de Cruelty (1998), ce fût un vrai choc. J’ai ensuite approfondi ma connaissance du genre avec la scène norvégienne tout en découvrant également le death.

En terme de musique extrême saurais tu expliquer pourquoi le Black Metal t’as conquis, plus que le Death notamment ?

C’est vrai que j’ai été plus sensible aux atmosphères du black dans un premier temps même si le death n’était jamais loin. Le côté jusqu’au boutiste du style et les possibilités d’évolution importante que  j’y percevais m’ont attiré. Tout ce qui entourait la scène norvégienne des 90’s, que j’ai découvert a posteriori, ainsi que les disques fabuleux sortis au cours de cette période, tout cela a également joué un rôle important dans mon orientation musicale plus black que death.

Concernant cette découverte du Black Metal as-tu eu des rencontres qui t’ont apporté ? Voir des mentors ? O est ce au cours de tes pérégrinations dans des lieux culturels ou internet ?

Je n’ai pas eu de menton non, j’ai toujours été autodidacte concernant la musique et ma découverte du metal. J’ai découvert le BM sur des sampler de magazines (Hard-Rock mag notamment puis Metallian), je crois d’ailleurs que Morning Palace de Dimmu Borgir a été le premier titre du genre que j’ai entendu sur l’un de ces sampler. Puis ce fût l’album Cruelty and the Beast de Cradle qui m’a totalement retourné. J’ai par la suite approfondi ma connaissance de cette scène grâce à un hors-série de Hard’n’Heavy consacré au style et qui revenait notamment sur les événements de la scène norvégienne du début des 90’s et les albums les plus marquants (Emperor, Enslaved, Mayhem, Burzum, Satyricon…). Cette atmosphère a totalement fasciné l’adolescent que j’étais.

Au vu des textes tu sembles influencé par la littérature et l’Histoire, as-tu des auteurs qui ont inspiré ton travail ?

Je ne suis pas un grand lecteur, mais je suis en revanche historien (enseignant et exerçant une activité de chercheur en parallèle), ce qui explique le fort versant historique d’Ars Moriendi. Bien que ne m’inspirant pas d’auteurs en particulier j’aime de plus en plus mettre des mots sur ma musique. L’écriture est un aspect qui a par ailleurs beaucoup évolué et s’est étoffé au fil des albums. D’un projet totalement instrumental à ses débuts (sur les 2 premiers albums autoproduits) c’est devenu un projet ou la voix et les mots jouent un rôle croissant même si j’ai conscience que d’importants progrès peuvent encore être faits à ce niveau.

Peux-tu nous parler des idées et réflexions qui sous-tendent et animent ton travail sur ton dernier album ? Aussi bien thématiques que musicales.

Le nouvel album aborde diverses thématiques que je tente encore une fois de rattacher à un contexte ou a un événement historique. J’aime aborder les destins tragiques par exemple. Je l’avais fait en 2016 sur l’album Sepelitur Alleluia à travers l’histoire de François l’Olonnais (un pirate sanguinaire qui finira dévoré par une tribu anthropophage). Dans le 1er morceau du nouvel album j’ai souhaité raconter l’histoire de Jérôme Savonarole, ce réformateur religieux un peu oublié qui a brièvement fondé une théocratie dans la ville de Florence à la fin du XVe siècle. Il fût l’un des premiers religieux à s’opposer frontalement au Pape et à imaginer une version « réformée» du catholicisme bien avant Martin Luther. Son profil est intéressant car tout en pointant du doigt les nombreux abus de l’Église (pratique simoniaque, enrichissement sur le dos des fidèles, corruption du Pape lui-même), ce qui pouvait le faire apparaître comme un personnage éclairé, il avait une vision très dure et sectaire de l’application du dogme chrétien (voire à ce propos le bûcher des vanités de 1497 qui consistât à brûler publiquement tout objets poussant au péché : instruments de musique, livres, peintures etc.). Son destin sera également tragique puisqu’il finira torturé et brûlé vif…bref tout ce qui faut pour écrire un bon titre !

Sur le plan musical le nouvel album est dans la continuité des précédents. Si l’on veut poser une étiquette on peut parler de dark metal atmosphérique et progressif. Je trouve cependant qu’il est plus abouti que les précédents à tous point de vue. C’est le coup classique du musicien qui dit à chaque nouvel album que « c’est sans doute le meilleur que nous ayons fait jusqu’à présent »…mais là je le pense vraiment ! Vous pourrez en juger à partir du 23 septembre, date à laquelle il sera en avant-première sur la chaîne youtube BM promotion.

Y a-t-il un processus d’écriture qui t’est bien spécifique ou au cours de l’existence de Ars Moriendi as-tu évolué dans ta manière de composer et d’écrire ?

J’ai très peu évolué dans ma manière de composer et d’enregistrer, si ce n’est que je passe maintenant beaucoup plus de temps sur les compositions et que je suis plus pointilleux que dans mes jeunes années. 

Pointilleux c’est-à-dire ?

Disons que plus jeune je composais et enregistrais beaucoup sans passer de temps sur les détails. Aujourd’hui je compose bien moins mais je peaufine bien plus chaque aspect d’un morceau. Il y a sans doute moins de spontanéité mais en vieillissant ma vision des choses a évolué.

Pour devenir ? Parce que finalement la spontanéité et cela c’est mon expérience de « compositeur » qui me fait dire ça, elle survient quand on travaille encore un peu plus, comme si la quête de son moi authentique en tant qu’artiste était à découvrir, à aller chercher, que cela n’allait pas de soi… Qu’en penses tu ?

Je vois ce que tu veux dire. Lorsque j’évoque la spontanéité des débuts je parle de ce côté un peu fou, de ce fourmillement d’idées que l’on peut avoir lorsqu’on débute. J’enregistrais ce qui me passait par la tête, aujourd’hui je suis forcément plus exigeant lorsque je compose et plus précis dans l’enregistrement et le traitement du son. Mais tu as raison, c’est en progressant que l’on s’accomplit peu à peu en tant qu’artiste.

Y a-t-il un album de Ars Moriendi que tu portes en plus haute estime que les autres ? Pourquoi ?

C’est très difficile de juger son œuvre, je suis fier de l’ensemble des albums que j’ai enregistré depuis 20 ans. Si je devais en choisir un…aller peut-être « La Singulière noirceur d’un astre » (2014). Mais je dirai aussi « Le Silence déraisonnable du Ciel » car comme je l’ai précisé précédemment, c’est le meilleur à ce jour !

Tu es arrivé début des années 2000 tu as donc été témoin de l’évolution du black Metal et de l’arrivée de nouveaux dans la scène Black, notamment hexagonale, quels sont pour toi les principaux changements qui t’ont marqué/interpellé/passionné ?

Je suis très ouvert musicalement, je n’ai donc pas eu d’a priori sur l’évolution du Black Metal au XXIe siècle et la musique d’Ars Moriendi en témoigne. Outre les incursions dans la musique progressive (plutôt réussie par les groupes pionniers de la 2nde vague norvégienne, Enslaved ou Emperor) j’ai apprécié l’évolution vers une approche plus mélodique du style.  Cette approche a été initiée par les groupes de la scène black/death suédoise des 90’s (Dissection, Sacramentum, Dawn, Unanimated) mais beaucoup ont porté cet héritage notamment des entités françaises, auvergnates de surcroît, comme Aorlhac et Suhnopfer.  Il y a cependant certaines scènes que je ne suis pas de près, je connais assez peu le post-black par exemple.

Au secours la maison brûle !

Si tu devais sauver 5 albums uniquement (parce que t’as le chat dans l’autre main), lesquels prendrais tu ?

1. Iron MAIDEN : Powerslave

2. Ulver : Perdition City

3. Dream Theater : Métropolis part. II

4. Emperor : Anthems to the welkin at dusk

5. Elend : A world in their scream.

S’il y a un musicien ou un groupe avec lequel tu voudrais travailler lequel serait-ce ?

Je dirai Alexandre Hasnaoui et Renaud Tchirner, les deux têtes pensantes d’Elend, se serait une sacrée aventure…Je rêve aussi d’inviter Kristoffer Rygg alias Garm (Ulver) pour chanter sur l’un de mes morceaux. 

En passionné d’art, que nous sentons que tu es en découvrant ta discographie, y a-t-il des œuvres cinématographiques qui ont pu t’inspirer ou que tu considères comme matricielles dans ton œuvre ?

Oui, certains films ont pu influencer indirectement ma musique. J’apprécie beaucoup l’œuvre de Mamoru Oshii par exemple notamment les deux Ghost in the Shell et Avalon. Visuellement j’ai également été très impressionné par The Fountain de Darren Aronovsky et j’ai régulièrement des scènes en tête lorsque je compose.


Interview réalisée et retranscrite par Robin

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