Chronique

Disowning – Human Cattle (2019)

Disowning – Human Cattle (2019)

Robin

24 août 2019

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DISOWNING

HUMAN CATTLE

Date de parution : 2019

Label : Xenokorp


Je vais commencer plus que franchement : la première fois que j’ai écouté cet album, bof sans plus … Je fais écouter une chanson à des personnes de mon entourage… Pas mal mais ça vaut pas les grands dénivelés et la beauté des paysages que les classiques du Death nous donnent à admirer !

Puis j’y reviens à cet album, faire quelques repérages par ci par là… Parce que je sais pas… Un truc me tracasse sans me l’avouer : j’ai envie de réécouter. alors je réécoute attentivement et là j’entrevois l’Harmonie dans l’une de ses manifestations les plus limpides.

Si si !

Mais est-ce-que finalement je deviens vieux et encore plus con ???? Est-ce que je m’enferme dans la sécurité auditive, troquant piolet contre sandalettes, ne passant plus que du death au black, au black au death, puis du death au death… ?? A quoi cela tient que cet album aussi convenu soit-il, je l’adore et il tourne en boucle !!??

 Une diversité de paysages qui se fondent et s’enlacent

Disowning nous balade au milieu d’une diversité de riffs mais avant de penser constamment riff riff riff (à dire très vite 30 fois) ! Disowning semble penser émotion ou plutôt disons « sensation auditive ». Contrairement à son artwork la musique du groupe n’a pas qu’une couleur dominante :

On perçoit la lumière de la fin tant attendue (ce petit lead mélodique sur The Storm before the storm à 1 : 40 dont la suite à 2 :44 donne un instant de répit presque reposant).

On fait un bout de chemin vers cette fin, paysages de souffrance et de violence (la plupart des ouvertures des compositions toujours tonitruantes !).

On sent la rage qui anime la révolte ( Intoxicated by this illusion à 0 48 propose un riff des plus entraînants et véloce de l’album, c’est dire ! )

Puis l’abandon, et la résignation (Intoxicated… à 1 : 19 : une forme de désespoir et de malaise vient s’insinuer au milieu de la rage ! Le groove et les accords à la fois tranchants et langoureux du début de Battle of Neverness seront enrichis par une variation dissonante à la seconde guitare lorsqu’ils seront rejoués).

On sent la grandeur (Alone on this dark path 1 : 10 ce trémolo, qui par la suite, est joué une octave plus haut, rappelle la façon qu’Immolation a de mettre en avant le côté épique de ces mélodies ! Egalement un autre tremolo très court sur The Servant of Chaos à la dixième seconde permet de sentir une menace gigantesque et intense).

Puis vient la solitude la plus misérable (Human Cattle à 2 : 12 ou la tristesse possède alors la lead guitare soutenue par une rythmique de plomb et des accords sombres), on entrevoit ce monde gris ou l’humain se débat pour rester lui-même : on est traversé de ses peurs et de ses rages, de la violence du monde mais aussi de la beauté des sentiments intenses ( Sur Servant of Chaos à 2 : 20 un court passage mélodique permet non seulement de faire respirer la composition mais de faire ressentir un sentiment de plénitude surprenant et bienvenu sans pour autant dénuer l’expérience : une pause avant de reprendre le long chemin. Battle of neverness à 2 : 20 devient presque aérien avec un soli mélodique simple, harmonieux et accrocheur)

Disowning nous fait traverser des paysages aux différentes atmosphères, et ceci subtilement sans s’éloigner du sentier cahoteux qui est de faire du death metal !

Le groupe nous offre toute la diversité de cette musique une fois passée son opacité ; mais pas une diversité d’intellectuel de la musique ! Pas une diversité pour noyer l’auditeur de structures toujours plus nombreuses à assimiler ! pas une diversité démonstrative, non plus ! Plutôt une diversité nécessaire pour retranscrire des émotions diverses. Tout en finesse et discrétion, la richesse mélodique et de jeu se révèle à nous.

J’ai pu croiser sur ce sentier en compagnie de Disowning des autels dédiés à Suffocation, un cairn d’ossement en hommage à Carnage, un prêtre se faisant hara kiri hurlant la noirceur d’Immolation, un homme en moto vomissant des blasphèmes et appelant au Deicide. Le groove irrésistible a pu nous faire passer vers des lieux désertiques où des hommes barbouillés de boue nous déclaraient une guerre de territoire ! Nous avons visité une ville ou doucement tous pourrissent !

Disowning réussi à saupoudrer son death de ses multiples inspirations afin de lui faire gagner en intensité sans jamais faire sentir à l’auditeur qu’il arpente un sentier fait pour les touristes où des commerçants méprisants vendent de pâles copies des meilleurs moments thrash et death des années 80-90 !

Un sentiment d’aboutissement mais jamais d’ achèvement.

J’ai eu du mal à croire que Disowning n’en était qu’à sa première balade infernale, bien m’en a pris de douter ainsi ! Disowning est un enfant issu d’une union entre plusieurs musiciens confirmés (Je vous laisse faire vos recherches faut pas déconner non plus… ) dont certains officiaient dans des groupes dont la réputation n’était alors plus à faire (Offending !!!!) !

Plus haut je vous parlais diversité mais aussi richesse ! Disowning me donne l’impression d’avoir été un projet pensé et travaillé depuis longtemps, tant il sent bon le projet grand voyage ultime d’une bande d’amis apportant leurs idées embouteillées, aux subtiles et fortes saveurs vieillies en fût de death !

En ce sens Disowning est porteur d’un héritage vieux de presque 30 ans : son meilleur hommage étant d’éviter les chemins impraticables ou bétonnés d’un glorieux Passé plutôt que de chercher à faire de celui-ci son Présent.

Disowning s’inspire des chemins tracés tout en prenant soin de livrer des moments ou précisément le groupe ne copie personne et s’autorise des passages qui sans être étrange, nous ramène à une manière personnelle d’envisager les prises et les reprises (Mention spéciale au morceau Another Piece in my Collection ou à 1 : 40 les mecs se permettent un léger détour vers une complémentarité des guitares et lui permet de gagner en intensité différemment du reste de la composition)

Un souci du détail pas de la fioriture

l’efficacité ! Son négatif absolu étant le dernier Morbid Angel concernant cela. Disowning crée des riffs de transition qui ne tuent jamais le groove, il n’y a pas de sas ou on se sent dans un entre deux : pas assez groovy pour bouger, pas assez énervé et en même temps pas totalement reposant non plus. Non ! Avec Disowning l’intensité death metal est assuré du début à la fin avec de multiples variantes.

En lutte contre cette zombification !

Il m’a rarement été donné de constater qu’une œuvre pourtant aussi simple et peu ambitieuse (sur le papier : faire du death metal) devienne aussi importante au point de se hisser au rang de référence.

Si tu dois faire du death metal, écoute Morbid Angel etc… écoute aussi Disowning, ils t’enseigneront l’intelligence dans l’humilité, la prise de risques dans la certitude, la fluidité dans les cassures.

Le groupe m’a fait redécouvrir la région du death, je croyais avoir tout visité et voilà que ces randonneurs du metal me font redécouvrir le genre ! Il lui apporte fraîcheur en étant traditionnel, leur musique est à la fois salvatrice et suffocante, noble sans modestie feinte. Discrètement parmi de nombreux autres albums de nombreux groupes et de nombreux artistes talentueux, l’album me présentant la forme la plus pure de l’Harmonie est dissimulé derrière une pochette des plus banals (pour le genre).



Chronique par Robin

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