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GORGUTS – Obscura & From Wisdom To Hate

GORGUTS – Obscura & From Wisdom To Hate

Robin

14 avril 2020

Pas de commentaire

GORGUTS

Obscura

Label : Olympic Recordings

1998

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GORGUTS

From Wisdom To Hate

Label : Olympic Recordings – Season Of Mist

2001

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CHAPITRE I

Jadis, il y eut des Merveilles

Une terre étrange, noyée de palmiers et de moustiques, et de retraités, bienvenue en Floride ! Nous sommes en 1990.

Le jeune G. découvrait ce territoire avec envie et amour, avec envie d’y être, d’en être ! Avec amour pour ceux qui dominaient alors ce pays de leur musique puissante et implacable.

G. ne s’était jamais vraiment remis de la blessure salvatrice infligée par une cassette audio d’un groupe nommé sobrement Death qu’il eut l’occasion d’écouter dans la seconde moitié des années 80. Depuis, il voulait faire cette musique et était à l’affût des groupes émergents qui se taillaient une place dans le paysage musical alternatif. G. guettait, arpentait, écoutait, recrutait.

Venu d’une contrée verdoyante et froide où les personnes n’ont pas de flingues mais une bonhomie insouciante à offrir, G. rêvait de puissances sombres et convoitait la violence dans la musique… Dans sa ténébreuse ambition, il fut aidé par quelques grands guerriers noirs qui l’aidèrent à forger son style implacable de ses premières années.

Ainsi l’album Considered Dead parut en 1991, fut produit par Scott Burns et bénéficia d’un artwork signé Dean Seagrave. L’oeuvre profita de la distribution efficace du label RoadRunner records. Ce méfait puissant et cryptique se fit accueillir à bras ouverts par ceux-là mêmes que G. admirait.

Seulement en 91, tout bouge encore dans les lignes de force et G. voit déferler une nouvelle puissance terrassante alors même que son oeuvre se hisse au rang de classique…

Le fléau merveilleux vient de New York.

G. veut les dreadlocks de Hobbes et son aisance à la guitare pour invoquer des armées de riffs assassins ! Il travaille alors dur pour contenir et maîtriser un pouvoir qui imprégnera son oeuvre suivante, déferlant en 1993 : The Erosion Of Sanity.

G. n’est pas de Floride ni même de New York, des choses alors surprennent dans ses frappes et sa magie : des notes de piano pour commencer une composition, des mélodies dissonantes et glauques, des thématiques spirituelles, ne faisant ni appel à l’imagerie gore (Cannibal Corpse) ni à un pentagramme (Deicide) ni même à un regard désabusé sur la société (Death).

Sur cette création annonciatrice d’un changement, G. fait toutefois les frais du changement radical de politique que RoadRunner entreprend à l’égard des groupes du genre Death Metal. Nous sommes en 1993, c’est le déclin.

Le Death est mort… Vive le Death

G. rentre chez lui, comme forcé, fuyant l’hécatombe initiée par le label qui s’est poursuivie après son départ. Ce massacre commercial n’aura raison ni du genre ni des grands… Mais le brouillard se fait plus épais autour de ces guerriers, et leur progéniture dévouée ne livrera pas d’œuvres remettant le genre à l’honneur. La flamme est entretenue par certains grands qui veillent, et dont les malédictions frappent la lumière quelquefois…

G. est au Québec, là tout est lumineux,

G. ne trouve pas d’égal aux ténèbres qui l’habitent. Son humilité est souvent prise pour une pusillanimité irritante, son silence : pour un renoncement.

Pourtant dans ce Royaume de Lumières, G. complote contre elles avec autant d’ardeur que les Seigneurs survivants qu’il admire tant.

G. étudie ; dans le silence, connait enfin sa véritable nature, et son rôle.

G., aux traits marqués par l’exode, découvre de nouveaux trésors culturels dont il se bâfre. Sa dipsomanie l’abreuva de multiples influences pendant que l’âge d’Or devint plomb, puis tombe.

G. fait la rencontre de guerriers sombres qui apportent des mets dont ils se nourrissent à l’excès lors de journées et nuits d’orgies spirituelles. Lentement, grossissant d’idées nouvelles, de trouvailles, de nouvelles façons de composer et d’envisager la musique, G. découvre des mondes apocryphes auxquels même les Seigneurs ténébreux n’ont jamais eu accès.

L’abomination de 98

G. a une nouvelle ambition : après avoir appris des grands, il veut être unique et pour cela il se met en tête de trouver la dimension inexplorée par les plus puissants guerriers sorciers. Il veut offrir cela à une scène musicale qu’il a vue naître, et qui l’a vu naître.

Cette scène, ce genre, ce courant… Cette puissance vociférante dans les ombres, qui palpite et spasmodie les sorts qui feront naître les nouveaux Dieux terribles du prochain millénaire…

L’oeuvre de G., c’est une faille.

Lorsque le death metal rencontre alors les créatures aux formes troubles et changeantes du Chaos…

Le pacte est donc scellé : G. servira le Chaos pour apporter des formes et des sensations nouvelles à ceux qui l’écoutent. En échange, il sera condamné à son inconstance et à son étude.

En 1998 il n’y a rien, hormis une chose; événement local, insignifiant, mais qui n’aura cesse d’étendre son influence, de se répandre, de n’être plus monstre mais divinité maudite, qui a jamais modifia l’histoire. Naquit :

OBSCURA

CHAPITRE II

Chaos

Grandiose aberration.

Obscura c’est une errance dans une dimension où tout repère sensoriel s’évanouit, où toutes croyances, que nous prenions pour des vérités, suffoquent.

Obscura est extrêmement mélodique et même très coloré ! La diversité des rythmiques et des riffs laissent hagards.

Le Chaos est partout : qu’il se définisse alors par des mélodies étranges, aux sourires difformes et pourtant séduisants (Earthly Love 1 : 20, Nostalgia 1 : 00, Clouded 4 : 15, Faceless Ones 3 : 49). Ou encore par des rythmiques chaleureuses et inquiétantes (Obscura 2 : 30, The Art of Sombre Ectasy 1 : 30, Illuminatus dès le début). Ces paysages vivants happent le cerveau et le baladent au gré de multiples changements. Nul doute que l’adjectif le plus approprié pour définir ce Monde est l’inconstance !

Cette inconstance, elle se ressent même dans les endroits où la musique devient d’une lourdeur paralytique : tout bouillonne et irrigue notre esprit de sensations contradictoires : la fin d’Illuminatus est un exemple des plus frappants.

Les guitares elles-même semblent n’être plus que des créatures changeant au gré d’une logique abscons et miraculeuse : bruiteuses dans les solos, limpidement mélodiques, plaintives, décharnées et torturées (The fractal State, le début de Sweet Silence), dissonantes et furieuses (Obscura et son début, La vie est prélude… la mort orgasme), lourdes comme des météores (le début de Rapturous Grief, le final de Clouded ou Sweet Silence).

Obscura alterne peu tous ces moments : il les combine. Un équilibre mouvant se forme et se défait au gré des breaks et de l’évolution des rythmes.

Il faut dire que c’est de concert que les instruments créent le trouble : les guitares sont lourdes, la batterie s’emballe puis finit par les suivre dans leur lourdeur. Ils commencent alors à façonner une mélodie geignante au sein d’un espace grandissant. La batterie se fait alors encore plus lourde pour écraser ce paysage hurlant. Les guitares se séparent alors et changent de logique pour continuer leur oeuvre mélodique. La batterie les pourchasse alors d’un rythme plus entraînant puis se fait plus syncopé ne sachant quelle guitare poursuivre et quels monstrueux paysages mélodiques annihiler ou parachever. Les guitares s’effacent alors dans des hurlements aux dimensions abyssales et seule la basse subsiste, découvrant un horizon mélodique nouveau.

C’est souvent dans les moments les plus agressifs que les instruments s’unissent d’un bloc, en une masse compacte, puis se désagrègent pour former les dimensions aux angles et lois improbables. Mais déjà, par les mélodies hystériques et rampantes pleines de notes aiguës et distendues les guitares annonçaient l’inattendu… Le pur imprévisible.

Ainsi est l’Ordre du Chaos.

L’être du Chaos

Obscura compte bien plus dans l’histoire des genres extrêmes que From Wisdom To Hate (FWTH). Pas seulement parce que c’est la première porte vers ce monde, mais parce qu’elle est l’unique. FWTH semble plus direct, plus accessible : on contemple moins les formes et les couleurs de ce Monde hideux et magnifique. On s’y accoutume, s’y installe, on y vit.

G. a fini d’explorer mais n’est pas revenu pour autant de ces contrées abjectes et languides : il a fait sien le chaos et nous en offre de splendides éclats retravaillés pour mieux être absorbés par nos corps pétris de logique.

Obscura est le chaos pur. FWTH est un concentré de ces manifestations, alors maîtrisées, dans notre absurdité quotidienne.

Pour FWTH, G. semble avoir composé à rebours, c’est comme s’il s’était dit : « Que pouvons nous enlever de ces paysages informes et magnifiques sans leur retirer leur puissance folliesque ?! Le Chaos est. Quelle proposition musicale et thématique peut-il servir ? »

Obscura c’était le travail de l’exploration, FWTH c’est le résultat de l’appropriation, c’est un joyau du Chaos.

Ainsi l’invocation qui donna naissance à FWTH démembra et déposséda cette créature de quelques logiques incompréhensibles de son Monde.

Fini les solos bruitistes, les mélodies en harmoniques, les bruitages étranges ! Quant à ces mélodies traquées et chasseuses, rehaussons-les, donnons-leur une présence pleine et entière !

Fini d’errer dans cette dimension : le propos également se resserre, huit pistes au lieu de douze, et pas une durant 9 minutes comme Clouded.

Fini les guitares décharnées elles seront sèches et puissantes : prestigieuses.

Fini également ces passages doomesques : l’instabilité rythmique sera de mise et les mélodies se présenteront avant de sévir. Seule une piste fera office d’écrase planète et sera annoncé par des instruments humains ensorcelés (The Quest for Equilibrium, au nom évocateur..)

FWTH est donc plus concis, l’exploration de moindre mise : G. sait quelles émotions il veut que nous éprouvions : le monstre glapissant sorti du laboratoire aux relents de savoirs méphitiques est brutal et moins porté sur les sensations. Son apparence, plus humaine ou plus compréhensible, cache une cruauté spirituelle que le titre de l’album fait délicatement apparaître…

« Sombre engeance »

FWTH est un album moins difficile à écouter qu’Obscura ; son aura, par cette caractéristique, est alors moindre. Pourtant je le qualifierai de plus maîtrisé.

Obscura emporte, et dans son exploration G. s’emporte lui même, conscient d’avoir fait une découverte véritable.

FWTH lacère, extrait du chaos, torturé pour être plus misanthrope et blessant tout en étant plus séduisant et plus facile d’écoute.

Nul doute qu’avec Obscura et From Wisdom To Hate le sorcier guerrier qu’était G. est devenu Mage puis Prophète … Nombre de formations Death (ou autres) reçurent son message, chuchoté des tréfonds de Mondes indistincts aperçus à l’embrasure d’une porte épaisse, au sommet d’une tour de sagesse aux pierres noircies de cendres de l’Histoire des Arts et des Savoirs Impies véritables.


Robin

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