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CARBON SEED – Posthumanism

CARBON SEED – Posthumanism

Robin

6 mai 2020

Pas de commentaire

CARBON SEED

Posthumanism

Label : Slip- Trick Records

2017

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Calmez vous, et racontez moi tout…

Froid

Ça l’est tellement une forme de noirceur s’installe, tout doucement et tout tranquillement…

On n’en a pas l’impression au début, le son est chaud et équilibré, on y est bien, on a envie d’y rester quoi ! Puis au bout d’un moment, alors qu’on est toujours là, tranquille, on se sent menacé, on se dit que c’est dans notre petite tête, qu’on est en sécurité : on connait bien ces riffs et puis ces rythmiques aussi, et cette voix également.

Tout nous rappelle de grands moments, mais l’ambiance change dans notre tête, on sent que la chaleur du son ne réchauffe pas le froid qui s’insinue en nous…

Et c’est délicieux !

Menace technologique

Alors bon on essaie de comprendre, vous voyez… On se dit y a tout qui nous plaît et on aime même cette sensation malaisante. Alors oui, on essaie de comprendre…

On a froid, notre humeur s’assombrit, alors on essaie de comprendre… C’est vrai qu’on remarque que les riffs ont un truc un peu suspect, un air de, je sais pas trop comment vous dire ça… Ce n’est pas plein de notes partout non, y a du trémolo, des accords bien plaqués, du groove même ! Bref, il y a tout ce qu’on connait, alors on comprend pas…

Puis petit à petit alors qu’on est carrément frigorifié, on aperçoit la machine… C’est dur à décrire vous savez. Oui, une machine de froid, un énorme congélateur mais qui n’est pas là pour nous servir. Un congélateur qui veut nous dévorer, vous savez comme dans ce film de junkies là… Bref, ouais on aperçoit un gros bloc blanc et glacé, fumant de haine… Il est haut. C’est genre un gros rectangle immaculé qui nous caresse de son ombre… Et puis on devine que c’est un truc qui a été fait pour ça, pour faire du mal, on le ressent alors, on sait. Notre cerveau comprend que c’est une machine de mort… Qui sort des notes et des rythmiques glaçantes.

La chaleur n’était qu’une illusion. Elle nous sort tout ça et nos tripes se gèlent. Tout est fait avec une fureur tellement maîtrisée… Ça glace parce que c’est fait pour glacer, ça tue parce que c’est fait pour tuer et ça n’a pas d’autres buts ou aspirations…

Alors les riffs sont froids et les mélodies menaçantes, les rythmiques implacables : martelantes, précises et rigoureusement programmées pour continuer à nous frapper, même quand on ne sera que des blocs épars de chairs gelés.

Et puis cette voix elle continue inlassablement, elle, elle est comment dire… C’est le seul truc vivant et qui a des émotions… Mais quelles émotions… Un désir infini de finitude, ça finit par nous bouffer.

Menace organique

Alors oui, on en revient, hein. Je suis là, j’en parle, et la chaleur de l’été commence à se faire sentir. Je suis bien là, mon corps aussi.

Mais bon, on oublie ce que l’on a traversé… Vous savez le Rock’n Roll, c’est de la joie, c’est du plaisir, c’est de la célébration de la vie. Le brutal Death aussi, ça ne déroge pas à la règle, ça stimule l’imaginaire, la créativité, ça nous confronte aux choses de la vie, les tripes, le sexe, la sociopathie, les croyances, … Tout ça, ouais ! Tout ça, on connait, c’est le quotidien quoi…

Mais là c’était glauque, sans qu’on l’ait vu venir en fait. Tu vois, c’est ça le piège. Tu te dis avec prétention : ça va un petit groupe, un petit EP, t’en as vu d’autres, tout ça…

Puis t’es vite ramené à l’état de merde que t’es, tu vois. Parce que ça te saisit, ça te met devant un monde que t’as pas trop vu venir…

Au début, t’es là « ouais c’est cool », puis après tu te dis « c’est dingue comment c’est froid et déshumanisant, genre usine en Antarctique. » Sauf que quand ça se ramène sous les traits d’un joli chien de traîneaux, ben ça cache autre chose, tu vois ce que je veux dire, ça te semble commun, beau et inoffensif. Le chien il se fait poursuivre par des mecs qui veulent le buter, et toi tu ne comprends pas et tu le défends. Tu te dis « un petit ep d’un petit groupe, vas y ils sont cools, je vais faire une petite chronique dessus pour le coup de pouce, tout ça. » Puis cet EP, tu vois, ce chien s’en n’est pas un, tu vois…

Tu le mets dans l’enclos de ta playlist avec les autres et à chaque fois qu’une de ces compos passent, raaah y a un malaise. Mais pas un malaise genre « c’est quoi cette merde », non plutôt, « c’est brutal mais ça fait changer l’ambiance ».

Ça pousse un cri sereinement en te fixant de manière impassible ; et là tu comprends que c’est pas un chien, c’est pas un simple EP et que si t’as froid c’est pas parce que t’es sur une base gelée en Antarctique…

Alors oui, c’est vrai, un chien c’est mignon et j’adore ces animaux, mais tu vois, le pire c’est que je crois que cette créature je l’aime, et je crois que je désire qu’elle continue son invasion, à répandre la fin.

Je crois que son cri mécanique dénué d’émotions me plaît, je crois que je vous souhaite à tous la Mort, que vous rencontriez son regard changeant.

Je crois que je vous écris non pas pour vous prévenir, mais pour vous pousser au devant d’elle… J’en suis sûr maintenant.


Robin

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